Archive | novembre 2011

Parlons un peu de la Renaissance et de l’humanisme…

Voici un petit dialogue que j’ai imaginé afin de faire passer plus facilement quelques notions fondamentales sur la Renaissance. Les questions sont posées par un élève curieux de savoir et les réponses que j’ai voulues courtes, pourraient être celles d’un professeur. Certains mots ou expressions vous renverront vers des liens sur la toile. N’hésitez pas à les utiliser !

De quoi parle-t-on lorsque l’on évoque la Renaissance?

La Renaissance est une période de l’Histoire de l’Europe qui se situe entre le XVe et le XVIe siècle.

Renaissance… ce nom est étrange. Pourquoi l’a-t-on appelée comme cela ?

Après le Moyen Age, l’Italie va redécouvrir l’héritage culturel de l’Antiquité grecque et latine. On se remet à lire les textes des philosophes grecs, les histoires mythologiques, les poèmes, les pièces de théâtre, les épopées écrites jusqu’à deux mille ans auparavant… On redécouvre aussi l’art de la sculpture, de l’architecture des civilisations grecques et latines.

Toutes ces connaissances étaient perdues pour qu’on les redécouvre tout à coup ?

Elles avaient été mises de côté en Europe durant le Moyen Age. Cependant, elles étaient conservées par les intellectuels et les artistes qui vivaient à Constantinople dans l’actuelle Turquie.

Constantinople avait été la deuxième capitale de l’empire romain. Cet empire était devenu si vaste qu’il possédait deux capitales: Rome et Constantinople.

Au XVe siècle, les Turcs se sont emparés de Constantinople. Ses habitants ont alors fui vers l’Europe et plus précisément vers Rome.

Revenir en arrière, c’est ça le progrès ?

Effectivement, cela peut sembler paradoxal à première vue. Pourtant, les apports de l’Antiquité, si anciens soient-ils, ont rafraichi l’esprit créatif des intellectuels dans tous les domaines.

L’homme de la Renaissance était aussi tourné vers l’avenir. Des progrès techniques révolutionnaires virent aussi le jour à cette époque.

L’imprimerie par exemple permit de reproduire en de nombreux exemplaires les manuscrits rares et fragiles qui prenaient la poussière dans les monastères chrétiens de toute l’Europe.

Dès lors, les intellectuels n’avaient plus à parcourir l’Europe en long et en large pour consulter sur place les livres conservés par les religieux.

Où trouvait-on les livres imprimés ?

A cette époque, les savoirs deviennent aussi disponibles dans des universités. Mine de rien, c’était un sacré changement si je puis dire… Les bibliothèques universitaires étaient plus conviviales que celles des monastères austères. Il était plus simple de se rencontrer, d’échanger plus librement entre humanistes.

Des humanistes ?

Oui des humanistes. Même si le mot est apparu pour la première fois plus de trois cents ans après la Renaissance, c’est ainsi que l’on nomme les amoureux des œuvres de l’Antiquité, les voyageurs, les amateurs du beau, du vrai, de la nature. Les humanistes sont des optimistes qui croient en l’être humain. Ils veulent tirer l’homme vers le haut. C’est en quelque sorte des idéalistes qui libèrent leur esprit des dogmes religieux du Moyen Age.

Les humanistes croyaient-ils en dieu?

Oui. Ils n’étaient pas athées. Cela dit, ils croyaient en une compatibilité entre la science et la foi.

L’Église les voyait-elle d’un bon œil ?

Disons qu’il ne fallait pas trop bousculer la vision du monde des autorités chrétiennes.

Certains savants hésitaient à rendre leurs hypothèses ou leurs découvertes publiques.

– Des visionnaires le payèrent d’ailleurs de leur vie.

– D’autres durent revenir sur leurs positions trop avancées pour l’époque.

– D’autres enfin gardèrent leurs théories pour eux de peur des représailles.

A qui faites-vous allusion par exemple ?

Prenons le cas de Giordano_Bruno: en 1584, il publie De l’infini de l’univers et des mondes. Dans ce livre, il prétend que l’univers n’est pas fini mais infini, que la Terre n’est pas au centre de tout, elle tourne autour du Soleil et ce dernier n’est qu’une étoile parmi tant d’autres. Il évoque même la possibilité d’une vie extraterrestre. Il défend les idées de Copernic alors que celui-ci n’ose pas les assumer. Il se moque des dogmes religieux parlant de « sainte ignorance », « d’imbéciles diplômés ».

Que lui est-il arrivé?

Il s’est fait arrêté. Après vingt deux séances de torture, il campait toujours sur ses positions. Alors l’Église le fit brûler vif en place de Rome. On raconte qu’on lui avait cloué la langue de peur qu’il ne crie encore sur le bucher que l’univers était infini !

Le cas d’un autre savant, Galilée, est plus connu. C’est l’inventeur de la lunette astronomique. L’Église n’apprécia pas sa théorie selon laquelle la terre tournait autour du soleil. Cela contrariait l’idée de l’époque, lancée par un philosophe grec de l’Antiquité: Aristote qui estimait que la Terre était au centre de l’univers et que le Soleil tournait autour d’elle. Pour éviter la torture et la prison, Galilée dut avouer à contre cœur qu’il s’était trompé. L’Église catholique le réhabilita en 1978 sous le pape Jean Paul II.

Les religieux étaient des ignorants ?

Loin de là ! Ils avaient eu le monopole des connaissances durant tout le Moyen Age. Les enseignants étaient des religieux, les copistes étaient des religieux, les bibliothèques se trouvaient dans les monastères. Aujourd’hui encore, la bibliothèque du Vatican est la plus riche du monde !

Alors pourquoi l’Église ennuyait-elle parfois les savants ?

Ce n’est pas facile d’imposer des idées qui révolutionnent complétement notre vision du monde. Les génies sont souvent incompris de leur vivant. Ils bousculent nos certitudes et effraient parfois leurs contemporains. C’est encore vrai aujourd’hui.

Pas très ouverts d’esprit les autorités religieuses de l’époque! Mais la Renaissance et l’humanisme dépassaient-ils les frontières de l’Italie ?

Oui. Le courant humaniste de la Renaissance naît, on l’a vu en Italie au XVe siècle avec le retour en Italie des Constantinopolitains. Mais très vite, il franchit les frontières de l’Italie pour toucher la France, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique, les Pays Bas, la Suisse…

Les foyers de l’humanisme à l’époque de la Renaissance.

(Carte de Alain Huot)

Il y avait donc beaucoup d’humanistes en Europe à cette époque.

Effectivement. Et comme le téléphone, l’internet et les réseaux sociaux virtuels n’existaient pas encore, ils voyageaient beaucoup pour se rencontrer partout en Europe. On sait par exemple qu’Érasme parcourait toute l’Europe et entretenait une correspondance suivie avec plus de 600 correspondants !

Mais où se croisaient-ils ?

Il existait des lieux privilégiés qui attiraient comme des aimants les savants d’alors. J’ai évoqué les universités mais il y avait aussi les imprimeurs, les cours de certains rois très curieux de ce bouillon de culture. En France, François Ier aimait rencontrer les grands esprits de son temps comme Léonard de Vinci, le génie toutes catégories des humanistes.

Léonard de Vinci, l’auteur de la Joconde?

Exact. Mais il ne se résume pas à cette œuvre. Loin de là !

Ce génie universel, mort à 67 ans a réussi l’exploit d’exceller en tant qu’artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poète, philosophe et écrivain.